Samedi 15 décembre 6 15 /12 /Déc 15:52
Edito

citationdouaumont.JPG

Verdun, le Struthof…
Autant de lieux qui sonnent tragiquement dans l'histoire de France.
Autant de lieux qu'on voudrait oublier tant ils sont marqués par la souffrance des hommes.
Autant de lieux dont nous avons pourtant le devoir de parler.
Le champ de la tragique bataille de la Première Guerre Mondiale et le seul camp de concentration sur le territoire français en Alsace sous domination nazie sont des lieux difficiles à visiter tant ils sont encore marqués par le calvaire des hommes.
Cependant  ce sont aujourd'hui d'indispensables lieux de mémoire.
C'est dans cet esprit de souvenir que deux classes de 3ème du collège de l'Europe de Bourg-de-Péage sont parties visiter Verdun et le Struthof les 23 et 24 mars 2005.
Les élèves vont désormais travailler et transmettre à leur tour la mémoire : en effet, ce projet repose sur la volonté d’un travail d’expression littéraire et  artistique sous la forme d’une exposition, de rédaction de poèmes, de reportages photographiques et radiophoniques, de montage multimédia reprenant le thème de « mémoire, souvenir et ressenti ».
Mme Masliah, professeur d’histoire-géographie



groupecath--drale2.JPG
Le voyage
Ce voyage scolaire de deux jours a pu être réalisé grâce à l’aide  financière de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, de la Fédération nationale André Maginot, du Conseil général de la Drôme, du Crédit Mutuel de Bourg-de-Péage, de la municipalité de Chatuzange-le-Goubet. Les parents d’élèves ont pour leur part organisé des manifestations afin de récolter des fonds, comme la vente de boissons au marché de Noël d’Alixan ou l’organisation d’une soirée à Besayes (avec l’aide de l’USCB et de la municipalité).
Accompagnés de 5 professeurs, 54 élèves de 3e du collège de l’Europe de Bourg-de-Péage ont pris place le jeudi 23 mars très tôt le matin, dans le car les menant à Verdun. Accompagnés d’un guide, les élèves ont découvert « l’enfer de Verdun » à travers le Mémorial, le fort de Douaumont, l’Ossuaire ou encore la Citadelle souterraine. Le lendemain s’avéra tout aussi riche en émotions avec la découverte du camp de Natzweiler-Struthof sous la pluie et la neige, ce qui soulignait l’aspect tragique du lieu. Les élèves ont eu la chance d’être accompagnés  dans cette visite par  M. Monin. Ce résistant déporté de Romans n’a pas hésité, porté par son désir de transmission de la mémoire, à les rejoindre en Alsace. Sa présence lors de la visite du musée retraçant l’histoire du camp, du Centre européen du résistant déporté (où des bornes interactives nous conduisent dans les différents camps du système concentrationnaire nazi) a amplifié la gravité du site. Incontestablement, la découverte de la chambre à gaz restera un moment impressionnant et émouvant.
Un détour par Strasbourg est venu clore ce voyage éprouvant mais enrichissant.
Mme Masliah



Verdun


barbelerextdouaumont.JPG


Des lieux hantés par la guerre
    Cela fait 90 ans que la bataille de Verdun a eu lieu, mais sur ce lieu de mémoire on voit toujours les dégâts qu'a causés cette bataille et les horreurs qui s'y sont passées. Aujourd’hui on y dénombre 42 cimetières français, 29 allemands, 3 américains.
Des milliers d'hectares de terrain ont été marqués pour toujours par les obus qui y sont tombés (et qui restent toujours dangereux.) Des milliers de soldats y sont morts pour leur patrie. Tous ces hommes ont dû se battre contre l'ennemi mais aussi contre la peste, les rats, la maladie, l'odeur de la pourriture, les « bourbons » dans les tranchées, la soif, la faim, le manque de sommeil sans oublier les milliers d'obus qui tombaient sans cesse ; la mort quoi.
    Pour rappeler les conditions de vie des soldats dans les tranchées, petit coup d'oeil sur le mémorial de Verdun qui  a été construit sur le petit village de Lévry : l'un des neuf villages rasés par les obus. Ce musée montre l'équipement du soldat français et allemand qui d'ailleurs était très sommaire ; un blouson très peu confortable, des chaussures qui n'étaient pas des chaussures et un sac d'équipement qui pesait environ 30 kilos. Tout cet équipement qui fatiguait tant les soldats avant même qu'ils soient au combat.
    L'Ossuaire a une forme d'obus pour rappeler la guerre et la forme d'une croix pour rappeler la paix. On peut voir de l’extérieur les os des combattants non-identifiés. Devant lui se trouve un cimetière contenant 15 000 tombes (mais 16100 soldats car on a enterré des soldats inconnus). A l'intérieur on ressent une ambiance particulière, de souvenir, de peine, de tristesse. Sur les murs sont inscrits les noms des soldats français disparus au combat.  On y trouve aussi deux flammes qui symbolisent la paix et qui étaient allumées car juste avant notre arrivée (d’ailleurs notre car a été immobilisé) le Ministre des Anciens Combattants venait de poser sur le site la première pierre d’un mémorial pour les combattants musulmans.
    Coup de projecteur sur le fort de Douaumont qui montre bien que les conditions de vie des soldats dans les forts étaient presque aussi dures que dans les tranchées. Comme dans celles-ci, il y avait souvent un manque d'eau et de nourriture dû notamment à la surpopulation. Le bruit incessant des obus était tellement fort que certains soldats devenaient sourds ou fous. Souvent les soldats ne pouvaient pas évacuer leurs excréments à cause des obus, ce qui causait des odeurs épouvantables et provoquait des malaises chez certains soldats.   
    Nous sommes retournés à Verdun visiter la citadelle : point stratégique pour la bataille. C'était un point très important car on y prenait toutes les décisions, et l'on y amenait les soldats blessés avant de les convoyer dans les hôpitaux plus éloignés, c'était aussi un point de rationnement grâce à sa boulangerie. Aujourd’hui on se déplace en navette automatique et on découvre à chaque étape des reconstitutions d’épisodes importants de la guerre.
Léo B.


ossuairevucimeti--re.JPG

Le fort de Douaumont
Nous arrivons au fort de Douaumont, en descendant du car on s'aperçoit qu'il y a du vent, il fait froid. En entrant dans le fort on voit que tout est humide et qu’il y a du calcaire ce qui peut évoquer les mauvaises conditions de vie. En fait, le fort était étanche lors de sa construction,  c'est pendant la guerre que 30 millions d'obus ont été tirés sur lui et aux alentours et c'est cela qui a occasionné des fissures.
Le fort était un vrai labyrinthe de 4 km environ.
Le fort était invivable, un véritable enfer à cause des 1500 obus par jour qui rendaient les soldats sourds et fous. Il abrite plus de 800 cadavres qui ont été ensevelis dans une galerie condamnée. D’ailleurs il reste une inscription qui proclame : « S’ensevelir sous les décombres plutôt que de se rendre ».
Mike H., Mickaël C., Romaric C.


Nous avons visité l’Ossuaire, le fort de Douaumont, la citadelle, cela m’a apporté beaucoup et surtout j’ai mieux compris ce qui s’était passé pour les soldats, les conditions dans lesquelles ils vivaient, dormaient. C’était sale, horrible. J’ai découvert les tranchées pour la première fois, j’ai imaginé les soldats en pleine boue, avec des corps, des rats…
Dounia I.


Struthof

vueducamp.JPG



Arrivée au Struthof
Nous montons sous la pluie la route qui mène au Struthof. On nous rappelle que les déportés la montaient à pied.  La curiosité se mêle à l'appréhension. Que va-t-il rester du camp ? Quel spectacle horrible allons-nous voir ?
Plus haut la neige recouvre le camp. Elle va nous empêcher de tout visiter mais nous permet d'imaginer les dures conditions que les déportés ont subies dans cette ancienne station de ski.
M. Monin, déjà là, nous accompagne jusqu'au nouveau bâtiment, le Centre européen du résistant déporté.
Nous ne sommes pas seuls. Les groupes défilent. Parmi eux, de jeunes Allemands. Quel est leur état d'esprit ? Nous ne communiquerons pas avec eux mais leur comportement manque parfois de retenue.
Nous voyons et entendons mal un film, « Bonjour mon frère », qui présente des photos de déportés particulièrement éprouvantes. Un poème écrit par un déporté de Natzweiler-Struthof nous est adressé comme un message : « Plus jamais ça ! » Plus de crimes, plus de dictatures, plus de tortures...
Les bornes interactives qui présentent quatorze camps et les photos en sous-sol qui retracent le contexte de la Seconde Guerre mondiale sont très instructives mais en même temps nous éloignent de ce que nous nous attendions à voir, un camp de concentration. Nous tournons pourtant autour la Kartoffelkeller (cave à pommes de terre) construite en 1943 par les déportés du camp pour on ne sait quelle utilisation.
Collectif

potence3.JPG
Témoignages sur le camp et le musée
A l'intérieur de ce camp qui est déjà une prison avec ses fils barbelés électrifiés, il y a une prison, ce qui m'a surpris. La potence sur la place du camp, cela devait effrayer en permanence les détenus.
Mickaël C.

Les photos et les dessins permettent bien de se représenter les souffrances des détenus. La vue de la chambre à gaz a suscité en moi horreur, dégoût et colère contre les nazis.
Léo B.

Pour moi, la chambre à gaz est l’endroit le plus choquant car il est resté en l’état.
J’ai été assez déçue des récentes modifications qu’ont subi certains monuments.
Lydia Blachon

Le froid, la faim, la fatigue, le travail, la mort, voilà ce qu'ont dû subir les détenus de ce camp, l'horreur qu'ils ont dû vivre.
Devoir obéir à des hommes dont il ne comprenait parfois même pas la langue. Obéir ou mourir.
Penser à l'instant présent, et non au futur.
Penser à sa survie.
Aurélie L.

Peine horreur deuil
choc des photos
corps torturés
les barbelés nous font mal
prison sans issue, chambre des supplices
petite maisonnette tranquille ?
Non, chambres à gaz, cuves sinistres...
Cathy L.

Je ne pensais pas ressentir une telle angoisse en entrant dans ce camp.
En tout cas je remercie nos professeurs de nous y avoir emmenés car il est important de connaître cette tragique vérité en espérant que tout cela ne recommencera jamais.
Angélique B.
portechambre--gaz.JPG

Ce voyage a servi à une chose essentielle c'est que désormais les camps de concentration vont rester dans notre mémoire car nous avons vu concrètement ce qu'ils étaient, le pays de la mort.
Mike H.



Un souvenir marquant


Je me souviens, c’était il y a 4 ans, en 2002, j’avais 12 ans, il faisait beau. J’étais en vacances avec mes parents et ma petite sœur. Nous étions sur la route du retour chez nous, lorsqu’on passa  devant le camp du Struthof . Nous avions déjà vu  des films du genre « Anne Franck » ainsi que divers autres films portant sur la guerre de 1939-1945. On ne savait pas qu’un tel camp existait ici, en France.
On a d’abord vu de nombreuses croix blanche en souvenir de corps non identifiés. Les barbelés tout autour du camp, étaient rouillés, cela donnait une impression d’enfermement. Ma sœur et moi avons voulu visiter le camp. Nos parents réticents à cause de notre âge, nous ont expliqué que ce serait une expérience pénible, mais ils ont accepté.
C’est ainsi que nous avons découvert l’horreur. Je me souviens des baraquements alignés, du four crématoire dans lequel on avait déposé une fleur de tournesol, des sortes de cages d’à peu près un mètre sur unmètre, d’une salle dans laquelle ils disséquaient des gens pour faire des expériences, comme des cobayes. Nous avons continué la visite dehors, et le guide nous a dit : « Voilà, ici c’est le potager du chef, ils y répandaient les cendres des déportés pour fumer le sol ». Puis nous avons visité le musée, je me souviens des photos, des vêtements des déportés…
A la fin de la visite nous avons appris aussi qu’il y avait une chambre à gaz mais qu’elle se trouvait  en dehors du camp. Nous avons voulu le voir, cependant nous n’avons pas pu car il était plus de midi et c’était fermé.
Dans la voiture, ma mère nous donna d’autres informations. Nous étions choquées, effarées, sidérées, horrifiées. C’était monstrueux, ça donnait des frissons, c’était inhumain. Qui étaient-ils et comment avaient-ils pu faire ça, comment pouvaient-ils se regarder dans une glace ? Avaient-ils une pierre à la place du cœur ? Ils n’avaient donc aucun sentiment ?!  Je crois qu’il n’y a pas de mots pour décrire ces personnes-là ! Voilà un grand exemple de la bêtise humaine (je devrais plutôt dire inhumaine).
En tout cas une chose est sûre, c’est bien que nous soyons allés visiter ce camp car tout le monde a le droit de savoir ce qui s’est passé, on n’a pas le droit d’oublier. Je remercie mes parents de nous y avoir emmenées.
Claudia S.



lits.JPG

De retour au Struthof

C’était le 24 mars 2006, cela faisait 4 ans que je n’étais pas revenue au camp de concentration Natzweiler Struthof.
Nous sommes venus avec l’école, nous étions deux classes de 3°. Nous sommes descendus du car ;  au premier abord j’ai vu un grand bâtiment qui n’y était pas la première fois que j’étais venue, c’était un nouveau musée. Celui-ci présentait en détail les camps de concentration et en particulier celui du Struthof avec des diaporamas …
Puis nous sommes repartis pour découvrir la chambre à gaz, que je n’avais pas vue la première fois. Nous sommes entrés, c’était effroyable, je ne l’avais pas imaginée comme ça.
Ensuite nous sommes retournés au camp qui était trop enneigé pour que nous puissions le visiter. D’imaginer le camp enneigé et les déportés qui se démenaient chaque jour dans ce froid glacial, était horrible et inhumain !
Enfin, nous sommes allés visiter l’ancien musée qui existe toujours. J’ai trouvé qu’il a changé, les expositions ne sont plus les mêmes.
Même si je suis déjà venue visiter ce camp il y a 4 ans, malgré les films, et tout ce que j’ai appris au cours  de cette année scolaire, j’ai quand même éprouvé de la tristesse pour tous ces pauvres gens, et une grosse révolte pour tous ces fous qui ont osé faire ça. C’est horrible et vraiment révoltant de voir ça, ça m’exaspère.
Je pense que c’est vraiment super que les professeurs nous y aient emmenés, c’est bien que les gens découvrent la vérité à ce sujet et que tous les élèves aient eu la chance d’y aller car tout le monde ne sait pas ce qui s’est passé. Ils pourront ainsi transmettre la vérité à tous ceux qui ne savent pas.
Il serait impardonnable d’oublier cette guerre horrible. N’oublions pas aussi Monsieur Monin (un ancien déporté de Mathausen) qui nous a accompagnés pour nous parler de l’horreur des camps et bien sûr merci à tous ceux qui nous ont aidés à réaliser ce projet.
Claudia S.



Jean Monin ou le devoir de transmettre
monin-seul-2.JPG

M. Jean Monin, ancien déporté, n'a pas oublié la vie dans les camps mais aujourd'hui il arrive à en parler dans les écoles grâce à la demande de ses petits-enfants, curieux de l'histoire de leur grand-père.

Effectivement, le 17 février, cet ancien résistant est venu une nouvelle fois témoigner au collège de l'Europe, pour nous  parler de son passé, de sa jeunesse de résistant jusqu'à la libération de Mauthausen où il fut déporté.
Son père étant gendarme et fier de la France, il devint vite résistant et sous le nom de Richard André (fausse identité pour ne pas être repéré par les Allemands) il se fit arrêter. Il fut conduit à la prison de Compiègne puis déporté dans le camp de Mauthausen, près de la ville de Linz, en Autriche. Le voyage dura trois jours et trois nuits, entassés dans les wagons, avec une boule de pain et un saucisson, les gens devenaient fous. Au milieu du voyage, le train s'arrêta pour vider les cinq cadavres qui pourrissaient au fond des wagons.
Arrivé à 5 h du matin, il fut déshabillé, tondu, fouillé intimement, douché puis immergé totalement dans une baignoire d’eau et de crésyl  qui inflige de violentes brûlures aux muqueuses. Puis on l’amena au bloc 11 où il passera 14 mois. Les jeunes et les handicapés jugés inutiles furent tués tout de suite.
Il comprit vite que pour survivre dans cet enfer, où la mort était présente à chaque instant, mieux valait se faire discret. Couché et levé avec la faim, il devait aller travailler dans le froid. Pour ne pas sombrer, il fallait un mental important et une grande solidarité. Avec son esprit positif, il savait que les nazis ne triompheraient pas, les circonstances ont fait sa force.
« Cette expérience m’a apporté de la force » nous a déclaré M. Monin. « Aujourd’hui, je n’ai plus de haine car les hommes ne peuvent pas vivre dans la haine. »
Ce lui fut pourtant difficile, comme à beaucoup d’autres, de témoigner à son retour. Ses petits-enfants l’ont aidé à pouvoir raconter ses souffrances. Depuis l’âge de la retraite,  il n’arrête plus, il a réalisé avec Bertrand Desmares, bien connu dans notre collège,  un film sur Mauthausen qu’il présente souvent devant des classes. Il est venu avec nous au Struthof même si se retrouver devant des châlits lui procure aujourd’hui encore de fortes émotions. Encore merci à lui pour sa disponibilité et sa modestie.

Amélie E., Baptiste L.




 


Par dsetautres - Publié dans : Des projets marquants
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Recherche

Calendrier

Octobre 2014
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés